Reportage photos à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2026 : trois initiatives en Guinée qui démontrent qu’accès à la formation, reconnaissance des droits et insertion socio-économique sont les piliers d’une société plus équitable et prospère.
À Conakry, des femmes transforment les obstacles en opportunités.
Dans les quartiers de la capitale guinéenne, des femmes prennent leur avenir en main. Elles créent des entreprises innovantes à partir de pneus recyclés. Elles présentent leurs projets d’affaires avec assurance devant des investisseurs potentiels. Elles développent de nouvelles compétences professionnelles et redéfinissent ce qui est possible pour elles et leurs enfants.
Leur secret ? Elles ont eu accès à ce qui manquait : la connaissance de leurs droits, une formation de qualité, et l’opportunité de démontrer leurs compétences.
Ces parcours illustrent une réalité trop souvent négligée : lorsque les barrières systémiques sont levées, les femmes ne se contentent pas de s’en sortir – elles innovent, créent des emplois, sensibilisent leurs communautés et contribuent activement au développement économique.
En partenariat avec Action Éducation et FITIMA, le Programme CLÉ accompagne des projets qui démontrent une vérité fondamentale : connaître et savoir comment exercer ses droits, combiné à l’accès à la formation et à un emploi décent, permet de briser les cycles de stigmatisation et d’ouvrir la voie à l’épanouissement. Car les droits ne sont pas seulement une question de justice. Ils sont un levier puissant de transformation sociale et économique pour toute la société.

Légende : Mawa, une jeune entrepreneure déterminée ayant participé au projet du LaBIS
Au LaBIS Conakry (Laboratoire d’innovations sociales) basé dans la Maison des Jeunes d’Action Éducation, l’accompagnement entrepreneurial prend une dimension transformatrice grâce à une initiative audacieuse : le concours « Tremplin Jeunes Entrepreneurs ».
En Guinée, les jeunes font face à un manque criant d’opportunités d’emploi. Le taux de chômage élevé, combiné à un secteur formel limité, pousse de nombreux jeunes vers l’économie informelle sans les compétences nécessaires pour réussir.
« Après l’université en 2019, je n’ai pas choisi un emploi qui me fallait, parce qu’en Guinée, les autres disent que si tu n’as pas de relations, tu ne peux pas avoir un emploi de fonction publique », explique Mawa Camara, 26 ans, aujourd’hui présidente de l’entreprise de transformation de piment frais Ata. « En sortant de l’université, je me suis lancée dans la restauration en tant que serveuse. Mais c’est après deux ans que je me suis dit, vraiment, je travaille mais ce n’est pas un travail d’avenir. »
Pour les jeunes femmes, ces défis sont amplifiés par les barrières culturelles qui limitent leurs opportunités. L’entrepreneuriat représente souvent une voie viable vers l’autonomie économique. Cependant, se lancer en affaires sans formation ni accompagnement est extrêmement risqué.
En janvier 2025, Pierre-Luc Gingras, volontaire du Programme CLÉ et conseiller en entrepreneuriat auprès d’Action Éducation, a créé un concours de pitch d’entreprises inspiré de l’émission Dans l’Œil du Dragon. Quinze jeunes entrepreneurs et entrepreneures, dont sept femmes, ont été accompagnés dans l’élaboration de leur plan d’affaires à travers huit modules de formation pratique.

Légende : Mawa, lors de sa participation au concours.
« Le cours était principalement axé sur la pratique : huit modules pour outiller les jeunes à élaborer des plans d’affaires adaptés à leur réalité », explique Pierre-Luc.
Pour Mawa, cette formation a été transformatrice : « La formation avec M. Pier-Luc nous a vraiment outillé. Ce n’est pas seulement des outils techniques qu’il nous a donnés, mais ça m’a aidé à voir la réalité dans laquelle nous sommes engagés à aller. »
L’approche pédagogique de Pierre-Luc s’est distinguée par sa simplicité et son ancrage dans la réalité des jeunes entrepreneurs.
« Je voyais beaucoup de plans d’affaires qui étaient compliqués, mais comme il savait qu’on était au début de ce que nous faisions, M. Pier-Luc nous a montré à simplifier les choses », raconte Mawa. « On a élaboré notre plan d’affaires avec des outils qui sont très simples, qu’on peut présenter partout, lisibles et très clairs. »
La formation a abordé des aspects essentiels souvent négligés : comment cibler les clients, l’importance de la formalisation, comment élaborer un pitch efficace. Mais surtout, elle a inclus des exercices pratiques qui ont aidé les participant-e-s à concrétiser leurs idées.
Sept participantes ont accepté de présenter leur projet devant un jury composé de professionnels locaux, d’institutions financières comme FinAfrica, et de médias. Cette visibilité représente bien plus qu’un concours : c’est une reconnaissance de leur capacité à contribuer à l’économie et une opportunité de créer des liens avec des partenaires potentiels.
Mais l’apport le plus significatif de cette initiative réside peut-être dans un aspect moins visible : développer la confiance à prendre la parole devant une audience et apprendre à vendre son projet.
« Il y avait des gens parmi nous dont c’était la TOUTE première fois de faire une telle chose, de venir s’arrêter devant les gens et de parler ! » raconte Mawa avec enthousiasme. « Il y a une fille qui s’est arrêtée elle-même, et depuis qu’elle a fait ça… même moi, je ne peux pas dire à quel point le truc m’a aidé. »

Légende : Les jeunes gagnant-e-s du concours, accompagnés du volontaire Pier-Luc.
Pour ces jeunes femmes, dont plusieurs n’avaient jamais pris la parole en public, se tenir devant un jury composé de directeurs d’entreprise et de représentants de micro-finances représentait un défi considérable.
« Ce n’est pas facile de s’arrêter devant de telles personnalités et de dire un mot. Mais franchement on était obligé de le faire parce qu’on avait des idées, on a compris que c’était de l’apprentissage », explique Mawa.
Même pour celles qui n’ont pas remporté le concours, l’expérience s’est révélée transformatrice.
« Bien sûr, je n’ai pas remporté ce concours, mais ça n’a pas été un regret pour moi », confie Mawa. « Le fait de venir se présenter devant des gens, présenter quelque chose en 5 minutes, ça m’a beaucoup aidé et encouragé. Ça m’a montré vraiment que je peux faire encore plus. »
« Durant le mandat, on a parlé 20% business, 80% humain », témoigne Pierre-Luc, soulignant l’importance de l’accompagnement ancré dans le concret et adapté aux réalités des jeunes du LaBIS.
Aujourd’hui, Mawa dirige avec passion son entreprise de sauce de piments Ata, qu’elle a fondée il y a deux ans avec des amies.
« On a regardé les piments dans les boutiques, dans les supérettes, mais qui viennent d’autres pays. On s’est dit : il y a des gens qui transforment ici, mais souvent c’est du bissap, du gingembre, et ça se trouve beaucoup sur le marché. Je me suis dit : pourquoi pas nous, on ne va pas partir sur ça ?! »
Le choix du piment n’était pas anodin – il répondait à un besoin du marché tout en se distinguant des produits déjà disponibles. Mais ce choix comportait aussi ses défis.

Légende : Photos des produits commercialisés par Mawa
« C’est vrai que le travail du piment n’est pas facile », admet Mawa en riant. « La première fois qu’on a essayé, on a compris pourquoi les autres ne veulent pas faire ce travail. Du début jusqu’à la fin, ça chauffe ! »
Malgré les difficultés, la qualité du produit parle d’elle-même. « À chaque fois qu’on produit ce piment, qu’on le revend, il y a des personnes qui goûtent, qui m’appellent : ‘Ah franchement ! Votre piment, ça donne ! Franchement ce piment, c’est chaud, c’est bon, et puis la conservation… Vraiment on a aimé !’ »
L’attention portée à la qualité et au service client fait partie de l’approche de Mawa : « Chaque fois que je vends le piment, j’appelle pour leur demander leur retour. »
Ce qui distingue Mawa, c’est sa vision à long terme et son désir de contribuer à sa communauté.
« Des fois quand je m’assois, je regarde le piment, je me dis : et si on pouvait réussir à créer une usine de piments. Une grande usine où je peux engager des milliers de jeunes, comme nous, pour diminuer le chômage dans le pays. C’est ça mon objectif ! », confie-t-elle. « Moi, c’est mon rêve, de créer une usine de transformation, et que le piment soit vendu un peu partout dans le monde. Je ne veux pas me limiter seulement à la Guinée ou à l’Afrique. »
Cette ambition n’est pas qu’un rêve lointain – elle guide déjà ses décisions actuelles. « Si tu vois les jeunes en Guinée aujourd’hui, il y a beaucoup de sortants de l’université qui n’ont pas de travail. Je sais que la situation que j’ai survécu, beaucoup de jeunes sont dedans. »
« Je ne veux minimiser personne, si je peux créer quelque chose de grand. En tous cas, les jeunes, je veux les engager. Essayer de se battre ensemble, diminuer le chômage, diminuer l’émigration. »
En tant que jeune femme entrepreneure en Guinée, Mawa fait face à des défis spécifiques. Mais elle refuse de laisser son genre devenir un obstacle.
« Quand même ce n’est pas du tout facile en étant une femme, mais moi je ne mise pas trop du fait que je suis une femme que je ne vais pas faire de l’entrepreneuriat. Personne ne va me freiner », affirme-t-elle avec détermination.
« Être une femme, ce n’est pas un frein, même si tu veux faire quelque chose. C’est quand tu te mets dans ta tête que ‘Ah je suis une femme, je ne peux pas avoir ça’ que cela arrive. Mais moi je me mets en tête que je vais aller jusqu’au bout. »
Elle identifie plusieurs défis auxquels les femmes entrepreneures font face : « Il y a beaucoup de femmes, quand elles commencent pour la première fois et qu’elles échouent, les gens critiquent. Elles se reculent, elles laissent tomber. Et il y en a d’autres qui sont complexées. Les gens disent que ‘Ah la femme ne peut pas faire ça !’ Moi je vois que c’est archi faux. Les femmes peuvent faire plus. Du moment où la femme a pu porter une enfant, une grossesse de 9 mois, tu ne peux pas dire à cette personne qu’elle ne peut pas faire quelque chose. »
Sa stratégie pour surmonter ces obstacles ? S’entourer des bonnes personnes et persévérer. « Pour la première des choses, je me suis entourée de bonnes personnes. Je me suis fait des mentors. Je viens d’une famille qui n’est pas riche, orpheline de père, mais je n’attends pas quelqu’un pour venir, je vais toujours faire un premier pas. »
Son message aux autres femmes est clair : « En tant que femme, fais quelque chose. Une fois, deux fois, trois fois, si ça marche, si ça ne marche pas, mais en tous cas, fais-le, fais quelque chose. Ne reste pas là où tu es. Du moment où tu respires, tu es un être humain, faut faire quelque chose. »

Légende : Mawa pose fièerement devant ses produits.
L’impact de cette initiative dépasse largement le concours lui-même. Le modèle d’accompagnement créé par Pierre-Luc est désormais répliqué chaque année par le LaBIS, renforçant les capacités d’Action Éducation à soutenir durablement les jeunes entrepreneurs et entrepreneures. Les partenariats développés avec des institutions financières et des entreprises locales continuent de bénéficier aux participant-e-s bien après la fin du concours.
« Donc il nous a quand même laissé ça avant de partir. On sait qu’on va s’en servir partout, partout ! » conclut Mawa.

Légende : L’équipe du LaBIS et de plusieurs jeunes participant-e-s.
Ce projet illustre comment l’accès à une formation de qualité, combiné à des opportunités de visibilité et à un accompagnement humain, peut transformer des aspirations en réalités entrepreneuriales concrètes, créant ainsi des emplois et contribuant à l’autonomisation économique des femmes.
Dans le quartier Nongo Village de la commune de Lambanyi, 20 jeunes filles mères célibataires font face à une réalité difficile. Orphelines pour certaines, victimes de violences pour d’autres, elles sont confrontées à une double marginalisation : celle liée à leur statut de mères célibataires et celle liée à leur précarité économique.

Légende : Djéné Madé Fofana, coordonatrice du LaBIS Conakry ainsi qu’un autre employé très engagé dans le projet dans les locaux d’Action Éducation.
En Guinée, les mères célibataires subissent une stigmatisation profonde. Souvent rejetées par leur propre famille, elles font face à des jugements constants et à l’exclusion sociale. Cette marginalisation limite considérablement leurs opportunités d’emploi et leur accès aux ressources, les enfermant dans un cycle de pauvreté et de vulnérabilité.
Le projet « Se Relever Ensemble : Pour l’Inclusion des Jeunes Filles Mères Célibataires par la Valorisation des Déchets » leur offre bien plus qu’une formation technique. En apprenant à collecter, transformer et commercialiser des pneus usagés pour en faire des meubles, ces jeunes femmes acquièrent des compétences concrètes qui leur permettent d’accéder à un revenu décent.
« En renforçant leurs compétences et en les accompagnant à mettre en œuvre une initiative génératrice de revenus, on s’attaque directement aux inégalités de genre en leur offrant une opportunité de réinsertion socio-économique », explique Djéné Madé Fofana, cheffe de projet et coordinatrice des LaBIS chez Action Éducation.
Ce qui est remarquable, c’est la beauté et le confort des meubles fabriqués. Fauteuils, tables, poufs – jamais on ne devinerait qu’ils sont faits à partir de pneus usagés. Cette transformation illustre parfaitement la capacité de ces femmes à créer de la valeur et de la beauté là où d’autres ne voyaient que des déchets.

Légende : Les employés d’Action Éducation présentant fièrement les prototypes de meubles revalorisant les pneus usagés.
Au-delà de l’aspect économique, ce projet défie également les stéréotypes de genre. La fabrication de meubles est traditionnellement considérée comme un métier masculin. En excellant dans ce domaine, ces jeunes femmes démontrent que les compétences n’ont pas de genre et ouvrent la voie à d’autres femmes qui souhaiteraient s’engager dans des métiers non traditionnels.
Au-delà des compétences techniques, les 20 participantes bénéficient d’un accompagnement complet :
L’objectif final : créer une coopérative fonctionnelle qui leur permettra de gérer collectivement leur activité et d’assurer leur autonomie financière à long terme.
Les membres de la coopérative ne se contentent pas de transformer leur propre vie. Elles organisent des campagnes de sensibilisation sur les violences basées sur le genre et la santé reproductive, devenant ainsi des actrices de changement dans leur communauté. En s’épanouissant professionnellement et personnellement, elles offrent un modèle alternatif qui contribue à réduire la stigmatisation des mères célibataires.
Cette approche à triple impact – économique, environnemental et social – illustre comment l’innovation peut créer des solutions durables qui bénéficient à la fois aux femmes, à leur communauté et à l’environnement.

Légende : Au logis de l’une des mères participantes au projet de FITIMA avec sa soeur, son fils Aboubakar ainsi qu’un volontaire et une employé du Programme CLÉ
À Conakry, FITIMA mène un projet d’émancipation des femmes et d’amélioration de la prise en charge socio-éducative d’enfants en situation de handicap qui touche au cœur même de la dignité humaine et des droits fondamentaux.
En Guinée, le handicap est souvent perçu comme une fatalité, une source de malédiction ou quelque chose de diabolique. Les enfants en situation de handicap sont généralement gardés à domicile et parfois cachés de la population, victimes de maltraitance et de marginalisation.
Les mères d’enfants en situation de handicap subissent une double stigmatisation. Non seulement elles font face aux défis quotidiens de prendre soin d’un enfant ayant des besoins spécifiques, souvent sans support du gouvernement, mais elles sont également pointées du doigt par la société. Certaines sont même rendues responsables du handicap de leur enfant. Souvent abandonnées par leur conjoint, rejetées par leur famille, elles se retrouvent isolées, sans ressources et sans espoir.
« Avoir un enfant handicapé dans une famille africaine, c’est trop compliqué, même tes propres parents des fois ils te rejettent », témoigne Aïssatou Diallo, l’une des participantes au projet.

Légende : Aïssatou au Centre de formation FITIMA Guinée
Lancé en 2021 par FITIMA, ce projet est né d’une prise de conscience : les mères d’enfants en situation de handicap n’avaient pas assez d’indépendance financière, surtout avec la pression de la prise en charge de leurs enfants.
Le projet a commencé par la formation sur les droits – les droits des femmes, les droits des enfants, et particulièrement les droits des personnes en situation de handicap. Cette formation s’est révélée transformatrice.
« Ce qui m’a beaucoup servi, c’est au niveau des droits des enfants. Parce que quand ton enfant est en situation de handicap, ces enfants-là, ils sont toujours abandonnés », explique une participante. « Ça m’a permis d’ouvrir mon esprit, de voir qu’eux aussi ont droit à l’éducation, à la santé, à tout. Donc ça m’a beaucoup aidé. J’avais quand même l’intention et donc j’ai trouvé le chemin. »

Légende : Un élève du centre de rééducation FITIMA et une Auxiliaire de Vie dans la cour / Crédit : Mireille Chayer
Au-delà de la formation sur les droits, 27 mères ont bénéficié d’une formation en micro-gestion et d’un accompagnement pour mettre en place des activités génératrices de revenus adaptées à leurs besoins et à ceux de leurs enfants.
L’histoire d’Aïssatou Diallo illustre parfaitement l’impact de cette approche holistique. Mariée à un homme paralysé depuis plus de cinq ans et mère de quatre enfants dont un garçon de sept ans en situation de handicap, Aïssatou vivait dans une précarité extrême, dépendant de l’aide sporadique de la famille de son mari.
Grâce au projet, elle a d’abord été formée en pâtisserie et a commencé à fabriquer des gâteaux pour les anniversaires et autres événements. Mais les pannes de courant fréquentes rendaient cette activité difficile. C’est alors qu’elle a pris une décision audacieuse : entamer des études en kinésithérapie.
« J’ai hésité à entamer des études en kinésithérapie, car je me disais, mais est-ce que je peux vraiment étudier trois ans sans travailler ? Mais ensuite, j’ai vu que la kinésithérapie était très importante. Ça va beaucoup aider. Alors je vais continuer. »
Aujourd’hui, Aïssatou est en troisième année de kinésithérapie et prépare sa thèse. Elle continue de prendre des contrats de pâtisserie pour les mariages et baptêmes, gérant avec succès ses études et son activité génératrice de revenus.

Légende : Aïssatou au centre de formation FITIMA Guinée
Ce qui est le plus remarquable dans le parcours d’Aïssatou, c’est le changement complet de perspective que la connaissance de ses droits et l’accès à la formation ont provoqué.
« Avant, je rêvais d’aller ailleurs, par exemple l’Europe, mais aujourd’hui je n’y pense même plus. Parce qu’avec le métier que j’ai embrassé, là, la kinésithérapie, nous devons rester en Guinée pour aider la population. »
« Bon, même si le regard des autres n’a pas changé, mais c’est moi, ça m’a changé », confie-t-elle. « Parfois je donne des conseils même en famille. J’ai des frères, des sœurs : Voyez l’enfant là, il deviendra quelque chose de bien. »
Cette transformation illustre parfaitement comment la connaissance des droits combinée à l’accès à la formation peut complètement changer la trajectoire de vie d’une personne – et par extension, celle de son enfant et de sa communauté.
Le projet ne s’est pas limité à l’autonomisation des mères. Il a également renforcé les capacités de FITIMA à offrir des services de qualité aux enfants en situation de handicap, notamment à travers l’introduction d’activités de handisport.
32 enfants en situation de handicap ont bénéficié d’un meilleur accès à des activités sportives sécurisées et adaptées à leurs capacités. Trois éducatrices spécialisées ont été formées aux techniques de sport adapté, assurant ainsi la pérennité de ces services.
Cette approche holistique – qui combine l’autonomisation des mères et l’amélioration des services pour les enfants – démontre une compréhension profonde des interconnexions entre les droits des femmes, les droits des enfants et le développement communautaire.

Légende : Aboubakar, élève du centre de rééducation / Crédit : Mireille Chayer
Aujourd’hui, les 25 femmes bénéficiaires du projet sensibilisent leur entourage sur les violences basées sur le genre et leurs conséquences. Cinq femmes ont déjà contacté FITIMA pour partager comment elles ont aidé à prévenir des situations de violence dans leur entourage grâce aux connaissances acquises.
« Je dirais de ne pas arrêter ce genre de projet, ça doit continuer. Ça va permettre aux enfants handicapés d’être heureux en famille », conclut une participante.
Ces trois projets partagent une conviction commune : les droits des femmes ne sont pas seulement une question de justice, mais un levier puissant de transformation sociale et économique.
Qu’il s’agisse de techniques de revalorisation des déchets, d’entrepreneuriat ou de métiers spécialisés, l’accès à une formation de qualité représente le premier pas vers l’autonomisation. Ces projets démontrent que lorsque les femmes acquièrent des compétences concrètes, elles gagnent non seulement en capacité économique, mais aussi en confiance et en reconnaissance sociale.
Le projet FITIMA illustre particulièrement bien comment la connaissance des droits peut être transformatrice. Savoir que son enfant a droit à l’éducation et aux soins de santé, comprendre que les violences basées sur le genre ne sont pas acceptables, reconnaître sa propre valeur et sa capacité à contribuer à la société – ces prises de conscience changent tout.
« Ça m’a donné le courage », témoigne une participante. Ce courage devient ensuite le moteur d’un changement qui dépasse la personne elle-même pour toucher toute la communauté.
En s’épanouissant professionnellement et personnellement, les participantes à ces projets deviennent des modèles dans leur communauté. Elles contribuent à changer les perceptions sur les mères célibataires, les jeunes entrepreneures et les mères d’enfants en situation de handicap. Leur réussite démontre que la vulnérabilité n’est pas une fatalité, mais souvent le résultat de barrières systémiques qui peuvent être levées.
L’accès à un emploi décent ou à une activité génératrice de revenus représente bien plus qu’une source de revenus. C’est une reconnaissance de la capacité à contribuer, une opportunité de participer pleinement à la société et un moyen de maintenir sa dignité. Ces projets illustrent comment l’insertion socioéconomique des femmes bénéficie à l’ensemble de la communauté.
Lorsque les femmes ont accès à la formation, à l’emploi et à la reconnaissance de leurs droits, c’est toute la société qui en bénéficie. Elles deviennent des actrices de changement qui transforment non seulement leur propre vie, mais aussi celle de leurs enfants et de leur communauté.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : environ 70% des femmes bénéficiaires des activités génératrices de revenus du projet FITIMA ont créé au moins un emploi pour d’autres femmes vivant dans des conditions difficiles. Mawa aspire à créer des emplois pour d’autres jeunes. Les participantes au projet de revalorisation des pneus sensibilisent leur communauté aux violences basées sur le genre.
Elles créent des emplois, contribuent à la protection de l’environnement, sensibilisent aux droits humains et inspirent d’autres femmes à suivre leur exemple.

Légende : Jeune apprenante et son bébé au Jardin école du RAIL, Bénin / Crédit : Mireille Chayer
En cette Journée internationale des droits des femmes 2026, ces initiatives de partenaires au Programme CLÉ en Guinée nous rappellent que l’égalité de genre n’est pas un concept abstrait, mais une réalité qui se construit jour après jour, à travers des actions concrètes et un accompagnement respectueux.
Le Programme CLÉ, en partenariat avec Action Éducation et FITIMA, continuera d’accompagner ces initiatives porteuses d’espoir et d’autonomisation, fidèle à ses valeurs d’accompagnement respectueux, d’innovation, d’équité et d’efficacité.
Car les droits des femmes sont les droits humains. Et lorsque les femmes s’épanouissent, c’est toute la société qui avance.