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Correspondance d’une volontaire | Comme une rivière qui déborde

Image-Givest

Mon premier jour au Cameroun

En japonais, il existe une onomatopée qui se prononce « waku waku ». Dans les dessins animés, elle est souvent traduite comme signifiant « excitant ». J’ai demandé à une de mes amies, d’origine japonaise, c’était le bruit de quoi? « Tokidoki » est le bruit d’un cœur qui se débat. Le mot est utilisé pour décrire la nervosité. Je me demandais si « waku waku » était le bruit d’un autre organe, mais elle m’a envoyé cette phrase : « 水がわく(water is overflowing) : l’eau qui déborde ». Et effectivement, même si l’expression est traduite par de l’excitation, c’est surtout l’anticipation, et finalement le débordement, que ce simple son communique. Avant de partir au Cameroun, mon cœur faisait beaucoup de bruit, et c’était quelque part entre ce fameux « tokidoki » et le « waku waku ».

J’ai pris l’avion à 19 h 05 et le passager dans le siège juste à côté de moi était Camerounais. Loïc était super sympa, et m’a parlé un peu de son pays, ce qui m’a permis d’oublier ma position de saucisson entre les sièges A et C. Malheureusement, une fois à Paris, nous ne prenions pas le même vol, mais il m’a offert des macarons en me disant de ne rien prendre personnellement, que les Camerounais étaient très directs. On a échangé nos numéros, car il doit venir voir sa sœur à Yaoundé durant ses vacances. Il m’a promis de me faire goûter son plat préféré, du taro. C’est une sorte de soupe de légumes, d’après les photos que j’ai pu voir.

Le vol suivant, qui devait m’emmener à N’Djamena au Tchad, puis à Yaoundé au Cameroun, était presque vide et j’ai pu aller m’allonger sur toute la rangée de sièges. À la minute où nous sommes arrivés sur le continent africain, l’excitation s’est mise à monter. Notre vol vers Yaoundé était en retard. Selon l’annonce du pilote (et je vous jure il l’a dit comme ça) : « Le vol est retardé, un des passagers s’est fait voler son passeport. Et si vous regardez à votre droite, vous verrez qu’il y a un feu sur la piste de décollage. » Toutes les têtes se sont tournées d’un seul coup et, de là où j’étais, je pouvais voir qu’il y avait effectivement des flammes orangées qui léchaient la piste. Bon pas grand-chose, mais c’était quand même impressionnant que, d’aussi loin, je puisse voir le petit feu. Nous sommes repartis une quinzaine de minutes plus tard.

La première chose qui m’a surprise en arrivant au Cameroun a été la chaleur, même à 22 h. Ce n’était pas humide comme au Japon, juste comme si vous aviez ouvert la porte du four. L’aéroport de Yaoundé est minuscule et il y avait des lignes à chaque kiosque. J’avais tout prévu, mon visa, ma lettre d’invitation, mon passeport, une lettre pour justifier ma participation au Programme CLÉ et le formulaire de douanes en ligne avec le code QR. Bien sûr, ils ne m’ont demandé que mon visa et mon passeport, j’ai donc eu mon 4e visa de travail à l’international! Et j’ai récupéré mes valises avant de me diriger vers la sortie. J’ai réalisé trop tard que je n’avais pas activé ma e-SIM et qu’il n’y avait pas Internet à l’aéroport de Yaoundé. J’ai prié de tout mon cœur pour reconnaître mon chauffeur. Mais il était là. Florent m’attendait à l’extérieur de l’aéroport. On m’avait envoyé sa photo ainsi que son contact WhatsApp.

Florent est un bonhomme jovial et avenant. Il m’a bien fait rire quand il m’a dit : « À partir de maintenant, les gens vont t’appeler La Blanche, tu ne dois pas le prendre personnel, ici tout le monde se désigne par ces caractéristiques physiques! » Je commençais à goûter au ton direct dont Loïc me parlait. Florent a été super gentil, comme je n’avais pas pu retirer de francs CFA camerounais, il m’a permis de passer au guichet et il s’est arrêté dans une boulangerie pour que j’aie de l’eau et de quoi manger pour le déjeuner du lendemain. Il a monté mes bagages jusqu’à la maison d’hôtes (Guesthouse), m’a remis les clés de l’appartement et il est parti. C’est là que ma rivière a débordée. Qu’est-ce que je faisais ici, pourquoi j’avais quitté mon lit douillet pour me perdre au Cameroun? Je me suis allongée, sans trouver le sommeil. J’étais trop occupée à remettre en question tous mes choix de vie.

Je me suis réveillée une première fois à 7 h du matin. Il y avait quelque chose qui sentait très bon. Une odeur de sucré qui m’évoquait quelque chose de rouge, mais je suis retombée dans les bras de Morphée avant d’avoir pu identifier ce que c’était. Je me suis réveillée une seconde fois à 8 h. Cette fois, c’était l’odeur d’agrumes et les bruits de l’extérieur qui me rappelaient qu’ici, la vie continuait, mais j’ai à nouveau fermé les yeux. Puis, plus tard, j’ai entendu de la musique. Je pense que c’était une voiture dans la rue. Cette fois-ci, j’ai réussi à garder les yeux ouverts et, à 9 h, je me suis levée. J’avais les cuisses bleues et les bras qui avaient servi de buffet à volonté aux moustiques. Je n’avais pas installé la moustiquaire la veille au soir… Pour ce qui est des cuisses bleues, je me suis souvenue avoir laissé un pyjama dans mon carry on pour qu’il soit rapidement accessible. La veille, je l’avais enfilée dans le noir sans le regarder et je me suis rendue compte le lendemain matin qu’un de mes sacs d’encre avait coulé, mais juste sur le bas de mon pyjama…

J’ai déjeuné, et je me suis mise en route vers le bureau qui se trouvait juste à côté. Quand je suis arrivée, il n’y avait personne à l’accueil. J’ai suivi les voix et j’ai vu une femme que je croyais avoir croisé lors de ma formation en janvier. C’était Kim, qui travaille pour le programme CLÉ, et Isabelle, notre représentante-pays était avec elle. Kim ne restera qu’une semaine. Comme elle travaille pour le programme, elle vient faire son suivi d’évaluation. Isabelle, elle, sera là pour toute la durée de mon mandat. Isabelle m’a serrée dans ses bras : « T’es bien arrivée? Je pensais que t’allais dormir toute la journée.» Je lui ai répondu que j’étais prête à commencer ma journée, que je ne voulais surtout pas être en mode décalage horaire pour une semaine.

Elle m’a présentée l’équipe, tout le monde m’a fait la bise, signe pour moi, que l’équipe était soudée. La rivière dans mes veines s’est remise à couler plus vite. J’ai aussi parlé avec Ariane, une autre des coopérantes volontaires. Le mandat d’Ariane se termine en avril ou mai. C’est étrange comment on a eu des parcours de vie similaires. Elle a travaillé en Australie et, comme moi, c’est l’un des pays qu’elle a préféré. Elle est travailleuse sociale, mais a fait une maîtrise en coopération internationale et elle travaille sur un mandat en discipline positive. Elle m’a promis de m’emmener danser. Apparemment, il y a plein de cours partout. Isabelle m’a donné plus d’information sur mon mandat ainsi que des documents à lire. Même si je pouvais retourner dans mon lit quand je le voulais, je n’avais pas envie de me coucher. Mais lire quand on est en décalage horaire relève de l’exploit. Je ne comprenais rien de ce que je lisais et Isabelle est revenue avec un plat de fruit fraîchement coupés pour moi. Ça m’a tellement touchée et je me suis rendue compte que je n’avais pas juste deux options, soit lire et être productive ou dormir. Je pouvais aussi discuter avec les membres de mon équipe et c’est ce que j’ai fait en me promenant dans les bureaux.

Enfant souriant avec ballon de soccer

Au courant de la journée, j’ai mieux saisi le côté direct des Camerounais. Donald, notre chauffeur officiel, m’a amené légaliser mon passeport. Nous n’avons pas d’ambassade au Cameroun, seulement un consulat, et dans l’éventualité où on perdrait notre passeport, ce serait quand même compliqué de le refaire. Alors, pour éviter de le trimballer avec nous, on va au commissariat de police pour faire certifier une copie. En entrant dans la voiture, Donald m’a demandé quelle musique je voulais écouter et j’ai répondu n’importe quoi, que j’aimais toutes les musiques et il m’a répondu : « Donc tu t’en fous ». Ça m’a fait sursauter, j’ai bafouillé que non et qu’il pouvait mettre la musique qu’il voulait. « Oui, tu t’en fous. » Il n’y avait aucune once de méchanceté dans sa voix, mais c’était direct. Il a fait jouer du gospel, il m’a promis qu’il n’écoutait pas de vilaine musique, et ça m’a fait rire. Au final, il était juste soucieux de mettre quelque chose que j’allais aimer. Plus tard dans la soirée, je suis allée manger avec Arnaud (il est d’originaire Camerounaise) et Brumie, mes deux colocs. Une fois au restaurant, Arnaud m’a demandé ce que j’aimais faire et je lui parlé de la course.

Ah! Ça ne paraît pas…, qu’il m’a répliqué.

Je suis devenue rouge tomate (mais c’était aussi en partie dû à la chaleur). Et je me suis maudite pour les 10 derniers soupers au resto que j’ai eu avant de venir.

Non, mais c’est vrai!, que j’ai répliqué.
Bon charrie pas quand même! C’est la première fois que je vois une coureuse qui porte des lunettes!

J’ai éclaté de rire, moi qui ai toujours eu des doutes sur le fait que Superman puisse cacher son identité derrière une paire de lunettes, eh bien voilà qui me prouvait le contraire!

Le Cameroun, c’est comme une rivière qui déborde. C’est facile par moment de se laisser submerger par les vagues, mais il ne faut pas oublier de se laisser porter par le courant. Ça rend la vie tellement plus excitante!

– Leila Marie Sbaï, coopérante volontaire au Cameroun

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