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Correspondance d’une volontaire | Une expérience électrisante au Cameroun

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Ce contenu a été produit par une personne volontaire du Programme CLÉ. Le Programme CLÉ et ses partenaires se dégagent des opinions et commentaires qu’il renferme.

Qu’est-ce qui te manque du Québec, Leïla? Vous me posez toujours cette question quand je reviens et, sincèrement, je ne sais jamais quoi vous répondre. Ce sont souvent des choses sur le coup du moment, mais qui sont facilement remplaçables par d’autres. Parfois, le beurre d’arachide me manque au Japon, mais je n’y pense plus le soir, quand je mange des sushis à 1$. Vous comprenez ce que je veux dire? Ici par contre, je me suis rendue compte qu’il y a beaucoup de choses du Québec qui me manquent.

Tout d’abord, l’électricité.

Je n’aurais jamais cru dire ça un jour, car au Québec, une panne d’électricité signifie « pas de travail (!) ». Alors ça ne m’a jamais dérangé. Ici, toutefois, quand c’est la troisième panne dans la même semaine, et que ça implique que tu n’as pas d’eau non plus, ça joue sur le moral. Je ne pourrais pas vous expliquer pourquoi, mais si tu n’as pas d’électricité ici, il n’y a pas d’eau non plus.

Isabelle, ma représentante-pays, dit que c’est parce que je suis électrisante. Apparemment, il n’y avait pas ce problème avant que j’arrive. Je vais finir par croire que c’est vrai, car le week-end dernier, quand je suis allée visiter Ebolowa, au Sud, mon hôtel n’avait pas non plus d’électricité! C’est quoi les chances!

Je m’ennuie aussi de l’eau chaude! Ah, mes douches brûlantes de 10 minutes! Mais vous serez heureux de savoir que tous les matins, je prends ma douche à l’eau froide, grâce à ma source de motivation suprême : les chocolatines du Dovv.

Le Dovv se trouve à 15 minutes de marche de mon domicile. Ça fait comme un grand V, car la rue monte et descend. Je pars généralement à 8 h et je reviens en nage à 8 h 30. Je ne rigole même pas. Je sue tellement que c’est pratiquement une bénédiction de plonger sous la douche.

Un autre truc qui me manque : une bonne connexion WiFi.

Je dois avouer que lorsque je suis arrivée à la gare de Santa Lucia, à 6 h du matin, avant notre départ pour Ebolowa, et que je ne pouvais pas communiquer sur WhatsApp ou même aucun autre réseau social, parce que ce matin-là spécifiquement, le réseau d’Orange ne fonctionnait pas, ça faisait un peu peur.

La dernière semaine du mois de mars a été très difficile avec les pannes d’électricité à répétition. Au final, on a compris que c’était à cause de la rencontre de l’Organisation mondial du commerce (OMC) qui avait lieu du 26 au 29 mars à Yaoundé. Mais après 3 jours sans eau, sans électricité, j’avais les nerfs à fleur de peau.

Je me rappelle un jeudi matin, je suis entrée dans la cuisine et j’ai pressé doucement le bouton de l’interrupteur en espérant de toutes mes forces que la lumière s’allume. Le bonheur que j’ai ressenti à cet instant, en voyant la lumière s’allumer! Ah! Enfin, l’électricité était revenue! Soudainement, ma journée était parfaite. J’ai ouvert la porte du réfrigérateur et pas de lumière… Pire encore, le frigo, sans électricité durant toute la nuit, avait été envahi par les fourmis! Mes belles, mes merveilleuses chocolatines, grouillaient de fourmis. Mais j’avais tellement faim, j’ai pris celle qui en avait le moins, je l’ai mise dans une assiette pour la mettre au micro-ondes. Ça tue tout, cette machine-là. Mais je réalise soudain : je ne peux pas la faire cuire, il n’y a pas de courant… Ça c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Je me suis habillée rapidement et suis descendue en trombe dans le bureau de ma représente-pays. Et elle me dit de lui laisser prendre son café et une cigarette avant de lui exprimer mes milliers de récriminations.

Quoi!?!?!?

Elle m’entraîne sur le balcon, où elle me laisse me vider le cœur sur le manque d’électricité et, après avoir répété au moins six fois qu’il y avait des fourmis sur mes chocolatines (oui, c’était surtout ça le drame, maintenant que j’y repense, car le manque d’électricité, à ce point-ci, j’étais passé à autre chose), elle me regarde avec un mélange de pitié et d’incrédulité et me dit : « Tu sais que ça fait au moins 6 mois que Merveille n’a pas l’eau et l’électricité…»

Merveille, c’est notre logisticienne, toujours habillée comme une carte de mode. Je ne m’attendais tellement pas à ce qu’elle me dise ça. Je ne savais plus quoi lui répondre. Elle a poursuivi : «Qu’est-ce que t’as besoin qui fonctionne là?»

Le frigo! Il fallait absolument que j’empêche les fourmis de proliférer.

Au final, ce n’était pas qu’il n’y avait pas d’électricité, le problème. C’était que le voltage était beaucoup trop faible pour alimenter le réfrigérateur. On a été obligées de le brancher au deuxième étage avec l’aide d’une rallonge pour qu’il fonctionne à nouveau. Et une fois qu’il s’est remis en marche et que j’ai pu manger, je me suis mise à penser plus clairement. Par la suite, j’ai pu parler avec Isabelle et elle m’a dit: « Tu sais, quand je fais les entrevues pour les mandats de coopération, la première chose que tous les coopérants mettent de l’avant c’est leur capacité d’adaptation. Je peux m’adapter, parce que j’ai vécu dans d’autres pays, que je parle d’autres langues. Mais c’est aussi ça, s’adapter, et la plupart des gens ne le comprennent vraiment que lorsqu’ils arrivent ici. »

Elle avait tellement raison. Je me suis toujours considérée comme une personne flexible qui s’adapte rapidement. Dans mon entrevue j’avais aussi mis de l’avant mon expérience à l’Expo. Moi, j’en ai pas de problème à vivre dans un autre pays pendant six mois. Mais j’ai réalisé que ce n’était pas vrai. Quand j’ai fait l’Expo, c’était intense, les journées étaient remplies de 5 h du matin à 23 h le soir, mais ça m’a fait un peu l’effet d’embarquer dans un train à grande vitesse. Je n’avais rien vraiment à faire. J’étais dans le train, je contribuais comme tous les autres passagers, mais ce n’était pas moi qui créais le mouvement. Le train bougeait déjà au moment où j’ai décidé d’embarquer. Le Cameroun, c’est comme prendre un train. Ou plutôt l’un de ces mini trains qu’on retrouve au Vietnam et qui circule dans la ville à basse vitesse. À la différence que ce train-ci s’arrête fréquemment, et que si tous les passagers ne descendent pas du train pour y mettre un peu du leur, on sait qu’on ne se rendra pas à destination.

Kettlina, une autre coopérante m’a aussi dit que le Cameroun allait me briser. Elle m’a dit que ça avait été le cas pour chacune d’entre-elles. En un sens, le Cameroun, c’est comme la gymnastique. Ce sport ne vous brise pas les genoux, le dos ou les chevilles. La gymnastique s’attaque au point le plus faible de votre corps et appuie dessus. Je me suis rendue compte que c’était un peu ça avec le Cameroun.

J’ai toujours été une personne paresseuse au Québec. J’essaie le plus que possible d’éviter les tâches que je n’aime pas et, dans le pire des cas, de voir si quelqu’un d’autre ne peut pas les faire à ma place. Je déteste particulièrement les tâches ménagères et tout ce qui est manuel. Tant qu’à me salir les mains, je préfère encore le faire avec des encres ou de la belle papeterie. Ici, comme j’ai choisi de rester à la Guesthouse, je n’ai pas de machine à laver. Je fais mon lavage à la main, la vaisselle trois fois par jour, en ayant parfois l’impression qu’elle ne finira jamais. Je suis confrontée à toutes ces tâches que des machines accomplissent lorsque je suis chez moi. En même temps, j’ai l’impression que je n’avais pas le choix que de m’y confronter un jour. Je me rappelle au début, quand je suis arrivée et qu’on m’a demandé si je voulais mon appartement ou rester à la Guesthouse. J’avais choisi la Guesthouse parce que Brumie était là et que je m’étais dit que c’était juste pour six mois. Je pouvais m’accommoder de tout pendant six mois. Mais après mon déversement de ce matin, je me suis demandé si j’étais vraiment aussi capable d’adaptation que je le faisais valoir en entrevue… En fin de compte, je ne pense pas que le Cameroun brise les gens. Je pense qu’il va juste faire ressurgir les défauts qu’on n’ose pas s’avouer pour nous les mettre en plein visage. Et ici, il n’y a pas moyen de se cacher. Car même si j’ai envie de pleurnicher sur mon sort, je sais qu’ici, il y aura toujours bien pire que ce que je vis. Je ne dois pas l’oublier.

Je vous rassure depuis ma petite crise (PCPG), je vais beaucoup mieux. Je sais maintenant aussi que beaucoup d’aspects du Cameroun vont me manquer quand je serai de retour à Montréal. Tout d’abord, le fait de me faire complimenter sans arrêt. Je pense qu’il y a minimum cinq inconnus par jour qui m’arrêtent pour me dire que je suis belle.

Ici, les fleurs pleuvent, ainsi que les demandes en mariage. En visitant une paroisse à Ebolowa où se produisait une chorale gospel, j’ai eu le droit à une dédicace de la part du chanteur! C’était très drôle, à partir du moment où on est entrés dans l’église, tout le monde me jetait des regards. Par moment, je me demandais s’ils voyaient tous sur mon visage que j’étais là uniquement pour la musique, et non pour prier le Seigneur. Mais ils nous ont laissé rester. Personne n’a rien dit jusqu’à ce que le chanteur termine par : « Dédicace à la blanche qui est venue nous rendre visite. » Les gens ont applaudi comme si j’étais une célébrité, pendant que moi, j’étais morte de rire.

On en discutait avec Kettlina. Tous les chéris coco dans la rue qui prennent le temps de nous crier: « Madame, vous êtes belle ». Ahhh… S’il-vous-plaît, retenez-moi si jamais en rentrant au Québec, vous me voyez secouer un gars comme un prunier en lui disant: « Ça te tentais pas de me dire que j’étais belle au lieu de me regarder avec des yeux de poissons morts! » Je vous promets de vraiment faire des efforts pour me contrôler, mais mon égo risque d’en prendre un coup à mon retour.

Une autre chose qui va grandement me manquer c’est la danse! De pouvoir danser, tout le temps et partout avec des étrangers qui me demandent de les accompagner, c’est tellement amusant! Pour la danse, je peux rester éveiller jusqu’à minuit. Je n’avais jamais compris pourquoi je n’aimais pas sortir dans ma vingtaine jusqu’à ce que je vienne ici. Je me rappelle le peu de soirées auxquelles je suis allée, où l’on passe la nuit à attendre que quelque chose se passe. Mon corps a rapidement compris qu’à 21 h, j’étais mieux d’être dans mon lit. Mais ici, il y a toujours un gars pour t’inviter à danser. La plupart des gars qui viennent au cours sont tous des profs de danse. Chacun a sa spécialité : kizomba, konpa, semba, salsa, et j’en passe. Et ils viennent justement pour se perfectionner dans d’autres styles de danse. Ils sont très respectueux, ce qui m’a impressionné, mais il faut dire que Mabelle les garde au pas.

Je me rappelle à mon premier cours de danse. Mabelle avait insisté pour que les cavaliers viennent nous chercher pour nous emmener danser. Les gars étaient venus, nous avaient pris la main et entraînées dans différentes parties du studio. Elle leur avait fait recommencer l’exercice trois fois en leur disant : « Elle ne te connaît pas, tu ne sais pas dans quel état elle arrive, ni même si elle a envie de danser avec toi, alors avant de la traîner, fais-lui comprendre que tu veux danser avec elle. » Les gars nous avaient approché en dansant vers nous et il fallait qu’on réponde. C’était génial!

Finalement, le petit côté direct des Camerounais va aussi me manquer. Dans les répliques marquantes que j’ai retenues jusqu’à présent :

1) Apporte comme si j’allais m’évanouir!
Un vendredi après une rencontre d’équipe, une partie des collègues avait décidé d’aller manger des brochettes. Merveille, notre logisticienne et moi avions décidé de prendre des jus frais, alors que les autres s’étaient pris des boissons. Malheureusement, la dame qui faisait les jus frais n’était pas encore arrivée et on nous a dit qu’il faudrait sûrement attendre une trentaine de minutes. Merveille avait trop soif pour attendre, alors que les autres avaient déjà reçus leur breuvage. Alors elle a commandé une liqueur. La serveuse lui a demandé si elle voulait qu’elle l’apporte en même temps que mon jus frais, ce à quoi Merveille a répondu : « Apporte comme si j’allais m’évanouir! » J’étais morte de rire.

2) Qu’est-ce que tu vas aller faire là-bas?
Dans mes premières semaines, j’avais Florent à mes côtés pour me faire visiter la ville. Peu importe où on allait, il se faisait un devoir de m’expliquer où on était. Une fois où je me rendais au Parcours Vital, il me dit: « Regarde, ce sont les portes d’entrées qui mènent au palais présidentiel, la Maison Blanche du Cameroun, où Paul Biya habite ». Je lui répondis « Génial. Est-ce qu’on peut la visiter? », ce à quoi il m’a tout de suite répliqué en riant « Mais qu’est-ce que tu vas aller faire là-bas? ».

3) Es-tu médecin?
Cette anecdote ne m’est pas arrivée à moi, mais plutôt à Kettlina, une autre coopérante volontaire. Généralement, quand vous allez au marché ou ailleurs, vous voyez les mêmes femmes à leur kiosque et vous commencez à faire connaissance. Vous dites alors : « Maman, comment c’est? » C’est généralement une marque de respect pour une vendeuse à laquelle vous achetez souvent des produits. Cependant, au lieu de dire ça, Kettlina a dit : « Maman, comment allez-vous? » Et la dame a froncé les sourcils et lui a répondu : « Es-tu médecin? Si je te réponds mal, qu’est-ce que tu vas faire pour moi? » Hilarant! Il ne faut pas oublier qu’ici, c’est nous qui avons un accent et de drôles d’expressions.

4) Est-ce que vous êtes blanche?
Je vous l’ai dit, ici on m’appelle très souvent la blanche, mais ce que j’ai été surprise de constater, c’est que c’est la même chose pour Brumie et Kettlina, qui sont toutes les deux d’origine haïtienne. Un jour, une élève regardait Kettlina qui donnait un atelier et elle a demandé : « Madame, est-ce que vous êtes blanche? » Avec la couleur de sa peau Kettlina ne passe pas pour une blanche, mais notre façon de parler est très différente de celle des Camerounais et j’en suis venue à la conclusion que blanche veut surtout dire étrangère.

Voilà! Je dois vous avouer je profite pas mal des fruits et de toutes les bonnes choses que le Cameroun à offrir et, au final, je suis heureuse d’avoir la chance de faire ce petit face-à-face avec moi-même. Je ne pense pas que je vais aimer plus les tâches ménagères en rentrant, mais je sais que je suis au moins capable de les faire même sans machine pour m’y aider. Sur ce, je vous souhaite de profiter à fond de votre électricité et de votre eau courante!

– Leila Marie Sbaï, coopérante volontaire au Cameroun

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